vendredi 4 février 2011

[Dragon Age] Intersession 6/7 (4)

...

Ils devisaient, je priais.

Je m’entretenais avec mon dieu lorsqu’un soudain silence s’empara du monde terrestre. Je quittais la puissante divinité pour retrouver mes mortels compagnons devenus muets. Arcill et Roshek me scrutaient d’un regard interrogateur. Ils attendaient que je m’exprime, que je leur présente mon habituelle synthèse de nos décisions conclusives qui marquaient la fin de nos échanges. Ne croyez pas qu’ils admiraient mon brillant esprit de synthèse. Ils cherchaient insidieusement à s’assurer que ma pensée ne prenait pas des détours non conformes comme cela semblait s’être produit à la suite du massacre de mon village natal. Falos, lui, il préférait se mobiliser entièrement à la surveillance de nos trois prisonniers, qui lui offrait la vénérable et vengeresse jouissance non dissimulée du sentiment de dominer des humains.

Pour échapper à une mise en camisole en règle et sans ménagement, je devais satisfaire l’attente de mes deux surveillants. Mais comment effectuer une synthèse d’une conversation que j’avais entendue certes, mais malheureusement pas écoutée ? Il me restait l’imagination et sa cousine improvisation pour m’aider à sortir de cette impasse, et l’espoir que mon généreux subconscient avait enregistré quelques brides qu’il me restituerait par son immanquable esprit de solidarité.

Je commençais par le plus simple : exposer notre délicate situation ; quelques inestimables secondes de gagner pour concevoir la suite.

- Notre employeur, tout ban élu fut-il, nous a royalement roulé dans la farine. Néanmoins, il a sous-estimé notre valeur, de telle sorte qu’en réalité, nous, si vous me pardonnez l’expression, le tenons par les couilles.

Je complétais mon image sexuée par un mouvement évocateur en brandissant le journal ensanglanté tout en le serrant fortement des deux mains.

- La douleur qu’il ressent le met dans une colère folle et meurtrière, aussi, il fera tout ce qui lui est possible pour trancher les poignets qui le tiennent ainsi prisonnier.

Je fis une pause avant de poursuivre afin de mesurer l’effet de cette introduction. Roshek conservait son assurance habituelle sous une pose professorale, qui nous signifiait son contrôle parfait de la situation. Arcill caressait nonchalamment la lame de son inséparable hache, dont le reflet rougeâtre du feu de camp rappelait le sang dont elle adorait s’abreuver. Le guerrier ruminait sa vengeance, il voulait en découdre.

J’entamais la suite.

- Il a séduit la naïve population locale qui est donc avec lui. Notre première urgence sera donc de convertir tout ce monde. Nous nous rendons sans tarder à Ruswold pour nous lancer dans une opération vérité. Nous avons pour cela plusieurs cordes à notre arc. Les prisonniers, le journal, les objets récupérés du camp, le cheval que nous avons rendu a son propriétaire, notre visite au temple de la Chantrie pour la sauvegarde des âmes des pauvres convoyeurs. Roshek saura sans mal retourner tous ces gens en protégeant au mieux nos intérêts, il sera s’expliquer avec Trewin le riche et influant négociant qui possède l’immense maison de pierre aménagée en terre d’accueil pour les malheureuses victimes des brigands à la solde du traître. Ce dernier aura sans doute placé quelques hommes à sa solde pour tenter de contrecarrer nos plans. Arcill et Falos habitués à identifier les comportements suspects se chargeront de les réduire au silence.

Nouvelle pause d’observation. Roshek s’amusait. Sans doute que je venais d’exposer son plan. Je savais que je pouvais compter sur mon subconscient, ma grande imagination et mon sens aigu de l’improvisation. Arcill saisit le manche de son impressionnante et inséparable arme. Il imaginait déjà la manière dont il allait couper la parole aux sbires du noble félon. Falos continuait de dominer trois humains enchaînés.

- Nous pourrions aussi chercher du renfort et nous appuyer sur des autorités pour asseoir notre sécurité et valoriser notre réputation. Nous rendre à la garnison de Logerswold répondrait à cette option. Mais la route est longue et certainement verrouillée par les proches du fourbe. Je vous suggère de contacter le chevalier Valadur Krole. Il sera sans doute très satisfait des nouvelles que nous lui apporterons. Elles lui feront miroiter une possibilité de retrouver son siège, et surtout de laver son humiliation. Au regard de son sens de l’honneur très exacerbé, nous serons à l’abri de toute traîtrise, et il se fera un honneur de nous récompenser, pas avec de l’argent qu’il n’a plus, mais en faisant connaître la nature de nos exploits. Certes, vus l’état de délabrement de ses finances et de son infirmité, s’il n’est pas déjà mort assassiné, il nous sera sûrement d’un bien maigre secours. Néanmoins, je vous suggère de tenter le coup. Non, il ne nous sera pas nécessaire de nous rendre à sa triste demeure. Je solliciterai Rydick, le palefrenier resté fidèle à son ancien ban, pour transmettre une lettre que je me propose de rédiger.

Roshek ne portait aucun intérêt à cette option. Il n’avait nul besoin de personne ni pour conclure cette affaire en sa faveur, et ni pour sa réputation dont il se chargeait très bien tout seul. Arcill y semblait plus sensible. La perspective d’accroître sa réputation bien basse à Felderen ne le laissait pas indifférent.

- Une fois les villageois de notre côté, nous passons à la deuxième phase des opérations : expédition punitive. Nous nous rendons au camp du perfide, avec prudence et discrétion. Nous réduisons son escorte à sa plus simple expression, et obtenons quelques explications du déloyal employeur pour en tirer le meilleur profit.

Pour ma part, cette seconde phase du plan me séduisait : elle me permettrait d’avoir un échange définitif avec l’apostat mabari démoniaque qui menait la barque. Je me gardais bien de préciser ce point.
- En cas de grabuge, nous virons vers le plan de secours qui consiste par d’habiles négociations dignes d’un des meilleurs commerçants nains, à conserver notre emploi.

Je ne précisais pas non plus qu’il m’était totalement impossible de traiter avec un apostat.

Puis, je posais la question finale dont la réponse portait une incidence directe sur notre proche avenir.

- Bien, si vous le voulez bien, je suggère que nous nous rendions dès l'instant à Ruswold pour remplir la première phase de notre plan. Qu'en pensez-vous ?


Texte de Marcapuce

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