mercredi 7 novembre 2012

Intersession 1


Profitant d'un conciliabule des aventuriers autour de l'étrangeté qui rodait à Bout-de-glisse, Père Luk troqua son manteau civil de voyageur par celui de prêtre d'Iosas avec sa pèlerine capuchonnée assortie. Dressé de la tenue de son rang, il se sentit plus serein pour dicter ses propres pensées.

- Je sais pourquoi les trolls n'attaquent pas ce lieu. Effet de la magie du feu que Vokas (qui se prend pour un homme-singe), notre brave magicien, a su placer autour de Bout-de-glisse; un grand développement de puissance magique qui a peut être perturbé l'esprit de son créateur. Un sujet clos, du moins je vous suggère de retenir cette hypothèse, quitte à revenir dessus si l'avenir me contredirait. En revanche, il nous reste à comprendre l'étrange comportement des locaux. Des enfants mélancoliques face aux disparitions, mais sans pour autant apparaître terrorisés comme le seraient pour le moins des enfants ordinaires. Des adultes qui vivent une grande menace sans pour autant s'en inquiéter, même s'ils n'ont guère tardé à nous aiguiller vers ces mystérieuses disparitions. Tout cela est fort curieux et incohérent comme chacun d'entre nous en convient. De nos recherches, si je ne me trompe, il nous reste à vérifier deux éléments. Le premier : sauf à me contredire, nous ne nous sommes pas assuré de la véracité des faits. Nous ne connaissons aucun nom de disparu, ni rencontré une famille qui nous aie cité frère ou sœur, fils ou fille, mère ou père, volatilisé durant la nuit. Le deuxième : nous rendre sur le lieu où le fossoyeur s'est rendu accompagné de sa mère pour disparaître. Certes, il n'est pas certain que nous trouvions de quoi éclairer ce mystère, mais qui sait. Au moins, nous en aurons le cœur net.

Luk laissa un bref instant à ses compagnons pour réfléchir à ses propos, avant de poursuivre.
- Je pars à la recherche de l'identité de 2 ou 3 disparus. Il suffit de nous rendre à la kermesse et d'interroger quelques joueurs, puis ensuite rendre visite à une ou deux familles concernées. Nous pourrons procéder de même avec des enfants. Dans un second temps, nous irons visiter le lieu où l'herboriste a pris un aller sans retour. Je préconise que nous y allions tous ensemble. Il pourrait y résider un menaçant danger. Qu'en dites-vous ?

À peine avait-il fini, qu'il se dirigea vers la kermesse.

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Le Paladin écouta respectueusement le prêtre. Il avait l’air d’en savoir beaucoup sur la magie, il n’y avait donc pas lieu de douter de son avis. Mais le paladin était un homme d’action et la pensée que des villageois puissent être en danger éveillait en lui un désir profond de “trouver” quelque chose qui le mette sur la voie... Il partit donc avec le jeune Scaban visiter la demeure de l’herboriste et les alentours... A priori sans résultat, tout était aussi normal que possible: Une maison en ordre, une tombe non achevée (tiens, pour qui donc ?!), les outils à leur place... Puisque le magicien ne pouvait être responsable de cet étrange enchantement qui semblait régner ici, qu’il y avait il dans les marais ? Le paladin avait envie d’aller voir dans la direction qu’avaient prise le fossoyeur et sa mère...

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Le père Luk vit Gaël et Scaban prendrent la direction de la demeure de l'herboriste, tandis qu'Alrik, souhaitait ardemment que tous le retrouvent sur place d'ici 30 minutes, afin de débattre de ce qu'il conviendra d'entreprendre par la suite. Aussi, comme rien ne s'y opposait, il se rapprocha du lieu en fête. Afin d'offrir la protection d'Iosas aux malheureux disparus, il s'enquît de questionner hommes femmes et enfants afin d'établir la liste des disparus auxquelles il dédiera ses prochaines prières, et si possible en présence de leurs proches.

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Alrik pris ses aises à l’auberge de l’Aspic Cafardeuse tenue par un petit homme corpulent nommé Tollybogs. De la fenêtre il avait une vue imprenable sur la kermesse malgré la présence de l’estrade sur laquelle était fiché un mat auquel pendait une cage en fer qui servait de lutrin et qui surplombait une mare couleur rouille. Les bâtiments étaient anciens mais d’une qualité inattendue pour un patelin perdu au milieu des marais. Onus Un-bras le gérant de la grosse ferme à melons et porc s’était attablé avec le nain et réexpliquait qu’il avait bien vu, il y a 3 soirées de cela, Jonas Gralk le fossoyeur, entrainant Clotilda sa mère herboriste hors du hameau vers le marais par un sentier qui part en direction du nord. Le nain s’assura qu’il s’agissait du chemin par lequel le groupe était venu, ce que confirma Onus et que se subdivisait en deux à quelques dizaines de mètres du village.

Le père Luk d’un pas décidé se rendit à la kermesse sous les signes amicaux des locaux. Le fait que le maire Beecham propriétaire la principale ferme à porcs et à melons et que les membres du conseil municipal en l’occurrence Miriam Pendreyson la tailleur et Grimchops le tanneur soient visiblement en bon terme avec le groupe simplifiait les choses pour Luk. Malgré les invitations répétées, le prêtre ne participait aux défis proposés sur les stands écoutait et observait. A bien y regarder, la moitié des habitants semblait porté un habit de deuil. Ils évoquaient souvent « ceux qui nous manquent » ou la perte des « seconds nés ». Les gens confirmèrent qu’ils étaient nombreux a avoir perdu un membre de leur famille et pour peu qu’ils le sachent, il s’agissait des cadets. Les disparitions avaient eu lieu presque tous les soirs sans aucun signe de lutte. Le matin les membres de la famille se réveillaient sans avoir entendu quoique ce soit. Au-delà de l’ambiance joviale, les villageois étaient très affectés par la perte de leurs proches. Ils se rassuraient un peu en se disant qu’ils avaient « seulement » disparu et qu’ils les retrouveraient un jour. La discussion se porta sur la pauvre Clotilda Gralk une herboriste tranquille et triste depuis qu’elle avait perdue sa cadette il y a huit années. Certains disaient qu’elle était partie avec des étrangers, d’autres qu’elle avait fini sous les crocs d’un crocodile ou encore qu’elle s’était perdue dans les marais. Les recherches dans le voisinage n’avaient rien donné. Mais le coin était dangereux et peu de villageois osaient s’aventurer loin du village. Les villageois faisaient aussi référence aux écailles de Salissak ou à la tourbière du Seigneur aux 30 yeux qui voient tout. Mais visiblement il s’agissait d’un dicton local dont l’origine était perdue.

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Gael et Scaban visitèrent le”Pot de fleur de Clothilda”, une maison à un étage. Le rez-de-chaussée servait d’atelier d’herboristerie propre et nettoyé (à l’exception d’une souillure  vert brillant et bilieuse sur un établi) rempli de pots en verre proprement étiquetés, de cuisine et de salle à manger, le tout décoré dans un style féminin. Le premier étage contenait un espace à vivre et trois lits, dont un  inutilisé depuis des lustres. Des images représentant une jeune fille étaient présentes un peu partout. Le paladin qui avait une idée en tête vérifia que quelques objets usuels manquaient. Gael ressortit et indiqua à Scaban qu’il allait inspecter les alentours. Il s’éloigna cherchant des traces mais après trois jours il était difficile de discerner quoique ce soit de concret. Le paladin poussa un peu plus loin ses investigations mais à part la brume et des bruits étranges venant de l’eau. Gael fit demi-tour avant de se perdre.

Derrière la maison, on trouvait le cimetière. Scaban remarque un trou à demi creusé dans un espace vide situé dans la partie où se trouvent les anciennes tombes. Dans ce trou de la taille d’une tombe, git boîte en bois vermoulu de plusieurs dizaines de centimètres de long. Elle est ouverte et à moitié désintégrée.
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Luk, Scaban et Gael rejoignirent Alrik à l'auberge de l'Aspic pour échanger leurs informations.

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Gael insista sur le fait que l’herboriste et son fils étaient partis volontairement en emportant des affaires pour voyager. Le fait qu’ils aient quitté le village sans prévenir montre qu’ils n’avaient pas confiance dans leurs concitoyens. Mais auparavant ils semblent avoir déterré une tombe d’un enfant. Le paladin aimerait que le prêtre aille voir l’endroit pour donner son avis.
Gael informa le nain Alrik qu’il y a peut être une “chose étrange” dans l’atelier de l’herboriste, une trace d’un produit verdâtre.
Une fois que chacun eut détaillé le fruit de ses découvertes, le père Luk et Gael le paladin partagèrent leur connaissance au sujet de la "Dame des Récoltes" dans le but de comprendre ce qui motivait les habitants à conserver cette curieuse et inquiétante cage suspendue.

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La Dame des récoltes était très vraisemblablement le nom local de la déesse Denithae qui est vénérée dans la campagne. Cette divinité neutre est une protectrice de la terre et des plantes. Même si le nom de la divinité fut mentionné dans les conversations, il ne semblait n’y avoir aucun autel ou chapelle dédiée à Denithae.

La mare semble profonde et avec une couleur rouge sombre donnant l’aspect d’un chaudron rempli de sang. La cage suspendue à un mat qui surplombe la mare peut être montée et descendue grâce à une chaine actionnée par une roue en métal. Après avoir tiré un sceau de la mare sous les regards curieux des villageois et observé la texture de l’eau saumâtre, le prêtre se dit que l’eau était mêlée de sang et d’une matière poisseuse indéfinissable. Gael confirma les hypothèses de Luk.

Alrik se rendit sans encombre à l’atelier de l’herboriste avec Gael. La substance verdâtre et poisseuse sentait fort et malgré le fait qu’elle soit séchée elle faisait tourner la tête si on la respirait de prêt. Le nain érudit n’émit aucune hypothèse.

Luk et Scaban allèrent voir la tombe mentionnée par le paladin. Le trou se trouvait dans coin très reculé et isolé mais la terre avait été fraichement remuée. La partie la plus récente du cimetière semblait encombrée. Le reste de la boite qui gisait au fond d’une tombe à moitié creusée faisait moins de 50cm de long. S’il s’agissait d’un cercueil, il aurait abrité uniquement un nourrisson.

Les villageois regardaient les allées et venues du groupe sans s’émouvoir ou s’inquiéter, après tout il semblait être les hôtes du conseil municipal. Onus le contremaitre buvait beaucoup de jus de melon fermenté rallant sur la difficulté de trouver de la main-d’œuvre avec toutes ces disparitions.

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Dans la soirée, un homme vêtu comme un trappeur arriva à la kermesse de mauvaise humeur. Les personnes présentes lui demandèrent ce qui n’allait pas. Ce dernier affirma qu’il devenait dangereux de piéger les opossums et les échassiers près de la Coulée, la rivière qui se trouve au nord-est.

-Nul doute que ces saletés de pirates fluviaux devaient être dans le coup, affirma Grikk le trappeur.

Miriam Pendreyson la tailleur qui passait par là expliqua que depuis quelques mois le transport fluvial s’était ralenti et qu’il était désormais devenu quasiment impossible d’acheminer les produits du village par la rivière car il fallait désormais payer systématiquement un tribut aux pirates (alors qu’avant on pouvait négocier). Ces derniers vivaient dans un fortin en ruine le long de la Coulée. Et puis comme les trolls et la brume rendaient les voyages par la terre périlleux, la situation du village se détériorait. Et pour couronner le tout ; les disparitions récentes mettaient en péril Bout-de-glisse. De toute façon les villageois évitaient la Coulée et même les trappeurs allaient poser leurs pièges loin du fortin.

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Le père Luk restait pensif. Il ne percevait pas le lien entre cette cage qui ressemble davantage à un instrument de sacrifice ou de torture et la déesse Denithae dont les préceptes se situaient à mille lieux de ces usages. Lui avait-on menti ? Le paladin par sa requête réveilla l'esprit perturbé du prêtre. Celui-ci accepta naturellement d'accompagner ses compagnons à la demeure de l'herboriste, où il ne se contenta pas de limiter ses investigations à la tombe de l'enfant. Il demanda si Scaban voulait bien l'accompagner dans la maison et lui montrer les bocaux, livres et tout ce qui lui paraissait étrange, dont la fameuse souillure verdâtre.

Une fois sur les lieux, le père Luk étudia la tombe. Il conclut que les restes de la boîte en bois trouvée dans la tombe fraîchement creusée ne lui semblaient pas être un cercueil sans pour autant en préciser la nature exacte qui lui échappait. Ensuite, il demanda à Scaban de le mener vers la matière visqueuse et verdâtre qui avait intriqué Gael. Le voleur se montra très coopératif ; il accompagna le prêtre et lui fit visiter la maison de l’herboriste en commentant pour chacune des pièces, ses recherches et ses trouvailles. Ces dernières se limitaient à peu de choses sinon cette étrange substance verdâtre dans l’atelier de Clothilda. Le prêtre restait très attentif aux explications du jeune homme. Il prenait le temps nécessaire à l’écouter, et lui-même inspectait les bocaux, fioles et autres livres que le voleur lui désignait. Manifestement, cela faisait un moment que Clothilda n’avait pas fait de réassortiment. Les mortiers, pilons et le brasero qui étaient posés sur l’établi avaient surtout servi à préparer deux types différents de mixtures, l’une très volatile et l’autre sous la forme d’un onguent verdâtre brillant. Pour une herboriste sérieuse, il manquait de nombreux ustensiles et récipients. Les espaces vides l’étaient depuis peu comme semblait le dire l'absence de poussière.
« Scaban, pourriez-vous faire une nouvelle recherche ?
Le voleur sembla ne guère apprécier cette demande.
- Pourquoi, j’aurais mal fouillé ?
- Lorsque nous pénétrons dans une maison d’herboriste, qu’attendons-nous trouver ? Des fioles, des poudres, des pommades et tout autre article similaire. En revanche, nous en oublions que ces gens restent des gens comme vous et moi. Aussi, je serai intéressé par lire le journal de la jeune fille disparue, ou celui de son frère et pourquoi pas celui de sa bien curieuse mère.

Scaban faillit répliquer qu’en aucun cas, il n’écrivait ni écrierai un journal ; mais il se retint d’énoncer une telle évidence. Il reconnut, sans l’avouer, que l’hypothèse du prêtre méritait qu’il s’y intéresse. Aussi, il se demanda où lui aurait caché son imaginaire et inconcevable journal. Il entreprit des fouilles supplémentaires qui ne donnèrent aucun résultat. Lorsqu’il retrouva le prêtre, celui-ci rangeait délicatement des restes séchés de l’onguent verdâtre dans une petite boîte en bois.
« Pas de journal mon père. Que pensez-vous de tout cela ?, demanda Scaban
- Je ne serai guère surpris que l’origine du mal qui frappe ces gens soit provoqué en tout ou partie par nos herboristes.
- Qui vous fait dire ça ?
- Mon intelligence mon ami.
- C’est sûr que ce n’est pas ta modestie mon gars, ne put s’empêcher de répliquer le jeune moqueur Scaban. Le prêtre ne releva pas.
Les deux curieux retournèrent l’auberge de l’Aspic Cafardeuse ou les attendaient Alric. Une fois tous les compagnons réunis, le prêtre émit une suggestion

- Je sais que nous voulons tous protéger ce villages ne serait-ce pour répondre à la mission que nous a confiée la comtesse. Pour cela nous devons résoudre en priorité cette étrange énigme des disparitions. Ensuite je crois que nous ne pourrons pas passer outre une discussion commerciale avec les pirates de la Coulée. Nous savons que les victimes des disparitions sont les cadets. La nuit approchant et les disparitions se déroulant de nuit, regroupons à l'aide des agents municipaux, les cadets épargnés à ce jour dans un même lieu, et organisons une surveillance interne et externe durant le nuit,. Ajoutons quelques pièges près de chaque ouverture : porte, fenêtre et cheminée. Pour ce faire, le trappeur pourrait sans doute nous prêter mains fortes. Je prierai Iosas pour qu'il nous apporte courage et vigilance. Qu'en dites-vous ?

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Alrik avait écouté avec attention le résultat des pérégrinations de ses compagnons. Il partageait l’avis du père Luk sur l’étrangeté de la cage suspendue et il avait la même impression que le paladin sur la disparition de Jonas Gralk et de sa mère qui ressemblait vraiment à une fuite mais pour échapper à quel danger ...?

D’une voix basse et posée, après avoir vérifié que personne d’autre ne pouvait entendre, il leur exprima son sentiment : “comme le recommande le père Luk, passons une nuit dans ce lieu en restant vigilants et en espérant que quelque chose se produira. Si rien ne se passe, je serais d’avis de partir demain sur les traces du fossoyeur et de sa mère qui ont surement des informations qui pourraient être utiles si nous arrivons à les rattraper. Ils ont 3 jours d’avance mais une très vieille femme ne peut se déplacer vite dans les marais. Au préalable, je souhaiterai fouiller l’antre du magicien, seul lieu qui a échappé à notre inspection mais comment procéder ?, je ne suis pas vraiment à l’aise avec la magie...”

Le père Luk eut un mouvement de tête négatif. Il expliqua qu’il avait détecté de la magie du feu autour de la porte et des fenêtres de la petite tour de Vokas. Il craignait des pièges pyrotechniques. Tous se tournèrent vers Scaban qui haussa les épaules et affirma qu’il n’avait nullement l’intention de désamorcer des pièges magiques et encore plus s’ils étaient  basés sur le feu.

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Le Père Luk, se tourna vers Alrik.
« Mon ami, j’ai réfléchi à cette fosse ensanglantée. Il n’est pas impossible que nous nous égarions. Tout dépend si l’auberge sert du boudin. C’est le menu que je commanderai pour mon dîner. Ainsi, je saurai ».
L’érudit resta un instant les yeux écarquillés d’incrédulité. En quoi manger du boudin pouvait lever un doute sur ce mystère inquiétant d’une fosse ensanglantée. Puis il comprit ou en voulait en venir le prêtre. Le boudin se faisait avec le sang des porcs. Pas de boudin signifierait que le sang de la fosse n’est autre que celui de ces pauvres bêtes condamnés. A l’inverse, …

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Le groupe proposa son idée à Miriam Pendreyson et au maire Beecham qui la trouvèrent bonne. Miriam confia que si les villageois étaient d’un caractère insouciant et joyeux dans la journée, leurs craintes revenaient la nuit. Même si dans la nuit précédant l’arrivée du groupe, personne n’avait disparu, la peur de l’enlèvement subsistait. Il fut décidé de regrouper les cadets « survivants » qui représentaient trois adultes et deux enfants dans l’auberge de l’Aspic Cafardeuse qui pouvait loger tout le monde, y compris les nouveaux héros de Bout-de-glisse. Le maire rappela que le village ne possédait aucune milice mais que lui et le conseil municipal représenté par Miriam la tailleur, Grimchops le tanneur et bien sur, Tollybogs l’aubergiste, serait présent. Grick le trappeur accepta aussi d’aider tout le monde avec un sourire édenté et en lorgnant la carafe de jus de melon fermenté. A la nuit tombée tout le monde se retrouva à l’Aspic. 


Luk commanda du boudin noir comme convenu. Tollybogs lui indiqua que cela demandait une longue préparation et qu’il n’avait pas le temps de lui en confectionner. La discussion porta sur la difficulté de garder frais du sang de cochon de qualité. Bref, visiblement il ne s’agissait pas d’une spécialité locale comme pouvait l’être le salami mais l’aubergiste assura qu’il pourrait en préparer dans les jours qui viennent.

Le prêtre rassura l'aubergiste; il ne tenait pas particulièrement à dîner avec du boudin ce soir. En revanche, il lui semblait dommageable que le village n'exploita pas cette précieuse denrée que constituait le sang des porcs. Il fit remarquer qu'utiliser cet ingrédient, apparemment répugnant, dans la composition d'agréables mets, apporterait des denrées complémentaires à la duchesse et par conséquent plus de revenus par une meilleure rentabilité de leurs élevages porcins. Concernant les problèmes de conservation, le prêtre se proposa de faire venir un de ses pairs d'Iosas, un maître cuisinier, qui saura leur apprendre l'art de préparer nombreux plats à base du sang de porc. De plus, il insista sur le fait que de procéder ainsi, leur éviterait de souiller un ancien lieu sacré. Car ce qu'il faisait jusqu'à présent, manquait de respect vis-à-vis des dieux dont la colère ne tarderait pas à se manifester, si ce n'était déjà fait au regard des tristes événements que connaissait leur communauté en ce moment même. Le Père s'exprimait suffisamment fort afin qu'il puisse se faire entendre par l'ensemble des personnes présentes. Il promit de faire une prière pour obtenir le pardon des dieux vis-à-vis des outrages réalisés malencontreusement par les éleveurs de ce village, « sachant que la venue d'un prêtre d'Iosas, le maître de cuisinier, ajouterait une garantie maximale quant au pardon divin accordé à vous tous. Approuvez-vous ma proposition ?  »
Les villageois présents dans l’auberge firent tous un étrange signe faisait onduler leur main droite. D’étranges chuchotements rompirent le silence où l’on pouvait deviner des références au seigneur des tourbières aux trente yeux qui voient tout ou à Salissak l’écailleux. Puis tous les villageois sourirent gentiment. Tollybogs haussa les épaules.
- Pour être franc, il est plus simple d’amener les cochons vivants au château qu’amener de la charcuterie dont je ne suis pas réellement spécialiste. Si votre cuistot a des recettes à partager je suis preneur.

Le repas repris sans que personne ne fissent de nouvelles allusions à la diatribe du prêtre. Luk s’interrogea sur l’étrange comportement des villageois. Ils ne semblaient pas offrir de prises aux provocations du prêtre mais en revanche cela ne faisait aucun doute que le villageois avaient fait un geste comme on font les gens du peuple pour conjurer le mal ou demander la protection d’une divinité. Les évocations à une mystérieuse entité écailleuse évoquaient de lointaines rumeurs sur des divinités affiliées aux reptiles qui seraient adorées dans le lointain continent qui se trouve à l’ouest. Luk se souvenait qu’il existait aussi une divinité maléfique vénérée dans le nord par certaines races tout autant maléfiques. En revanche le mot Salissak n’évoquait rien pour le prêtre mais les dieux peuvent prendre tellement de noms différents…

Scaban disposa des cordelettes et des casseroles en étain pour déclencher un tintamarre si quelqu’un essayait de rentrer par le haut ou par le bas.  Le seul passage libre était la large porte de l’auberge. Des feux de camp furent allumés tout autour de l’Aspic.
Le groupe se relaya toute la nuit par groupe de deux avec l’aide du trappeur (qui tenait bien l’alcool) et du tanneur. Le mage Vokas passa une partie de la nuit sur son perron étrennant les feux. La brume et la nuit bloquait très vite la vue malgré les feux. Vu leur faible nombre, le groupe hésitait à faire des patrouilles à l’extérieur de l’Aspic et puis Vokas était présent pour observer (enfin quand il ne ronflait pas). Scaban en fit quelques unes mais il ne remarqua rien.

Au matin, personne n’avait disparu. Tout le village se retrouva à la kermesse pour prendre un petit déjeuner commun (pain et lard) et faire le point. Seul le trappeur manquait à l’appel : son corps n’avait pas supporté la sixième bouteille de melon fermenté et il cuvait sur le plancher de l’auberge. Personne n’avait disparu. Seuls la femme et le fils de l’un des cadets restés à l’auberge avaient dormi d’un sommeil de plomb et s’étaient levé avec un mal de tête carabiné. Par acquis de conscience, le groupe fit le tour de leur maison. Scaban remarqua des traces fraiches, apparemment d’une seule personne.
 
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Une fois le déjeuner du matin terminé, le maire prit la parole.
- Braves champions du Marais, nous ne pouvons pas qu’exprimer notre gratitude pour votre aide. Le conseil s’est réuni tôt ce matin, et nous demandons, non, nous vous supplions de retrouver nos amis enlevés.
L’homme désigna un jeune garçon à l’air débrouillard.
- Cooter vous accompagnera. Il connait bien les marais autour du village et ses dangers. Son père a été enlevé et sa mère…heu…a disparu il y a des années.
Le jeune garçon fit un signe de tête au groupe. Il semblait calme et détaché. Myriam pris la parole.
- Si vous acceptez de nous aider, je vous conseillerai de reprendre le sentier par lequel vous êtes arrivés puis de prendre l’embranchement qui part au nord-est. Au bout de quelques temps vous tomberez sur la Coulée. Vous pourrez vous renseigner auprès de May et Rosie Fenn qui tiennent un petit poste commercial. Un dernier mot, faites attention aux pirates.


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Père Luk prit les devant.

« Bien entendu, monsieur le maire, nous irons. Nous acceptons sans réserve notre proposition, et je vous remercie de votre confiance. Nous veillerons à la sécurité de Cooter que je félicite pour son courage. De plus, si vous l’acceptez, je demanderais volontiers au trappeur, malgré son triste état, de nous accompagner. Sa connaissance de la région et son expérience nous seront très utiles. Je me charge de le remettre sur pied. Quant aux pirates, je pense que nous pouvons en faire des alliés. Mais pour cela, nous devrons établir un accord avant notre départ. L’objectif à atteindre consiste à établir un contrat commercial qui précise les modalités d'un transport fluvial rémunéré pour assurer la livraison sécurisée de vos marchandises à Moorshroud. Avec un bon contrat tripartite, vous, les pirates et la comtesse Teskain, vous avez tous à y gagner : les pirates obtiennent une rémunération régulière, vous une sécurisation de vos livraisons, et la comtesse une garantie d'être approvisionné régulièrement. Dans ce dessein, vous aurez l’appui des dieux, je m’en porte garant, ne serais-ce qu’en priant Iosas mon dieu, l’une des divinités protectrices du commerce. D’autre part, nous les prêtres d’Iosas avons nos entrées auprès de la comtesse. Il me sera aisé de vous aider à arranger une entrevue, sous réserve que nous convainquions nos amis pirates. Qu’en dites-vous ? ».

Après cette longue tirade du prêtre, le maire resta pensif puis se pencha vers Myriam et ils échangèrent quelques mots à voix basse.

- Nul doute que notre bon vieux Grick se fera un plaisir de vous accompagner jusqu’à la Coulée Deux bras supplémentaires seront les bienvenus j’imagine. Le maire marqua un temps d’arrêt.

Le Grick en question râla, se lissa la barbe mais acquiesça d’un haussement d’épaules.
- Concernant votre offre de montage commercial, elle semble alléchante mais de mon point de vue peu réaliste, du moins depuis quelques mois. Je m’explique. Dans le passé, les pirates sous l’autorité de leur chef, Karnokus le gros, étaient accommodants. Ils vivaient à nos crochets mais laissaient le business se faire. Depuis plusieurs mois, il semblerait qu’un nouveau chef ait pris en main le destin des pirates. Ce Casque-Rouge comme il se fait appelé, est bien plus sanguinaire et âpre aux gains. Je doute que vous arriviez à un accord fructueux pour tout le monde, mais c’est t’on jamais, il arrive parfois des miracles.
 
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Après son denier échange avec le maire, en prétextant un besoin de concertation, Père Luk entraina ses compagnons à l'écart, sortit son petit carnet et lût ses notes à l'attention de ses compagnons.

« Oublions pour l'instant, le mage Vokas, un brave homme qui a perdu l'esprit en protégeant les siens des trolls en créant par une barrière magique de feu autour du village.

L'affaire des disparitions nous intéressera bien d'avantage. Elles concernent uniquement les cadets. Elles se déroulent la nuit, apparemment sans laisser de trace, sans le moindre bruit. Il semble que les gens soient profondément endormis avant les rapts. Notre surveillance s'est peut être avérée efficace, des traces et deux villageois avec un sommeil lourd, mais aucune disparition.

Clotilda Gralk une herboriste tranquille et triste depuis qu’elle avait perdue sa cadette il y a huit ans, nous apparaît une première piste intéressante. Il nous serait profitable de la rencontrer; soit comme amie, soit comme ennemie. Qui sait ? Nous savons seulement qu'elle préparait une potion dont nous ignorons les effets, et dont je détiens un échantillon. La fausse tombe ouverte ne cachait-elle pas un des ingrédients qui permettent de faire cette mystérieuse substance verdâtre ? Nous le saurons peut-être un jour. Accompagnée de son fils, Jonas Gralk le fossoyeur, elle semble avoir fait un départ précipité vers la Coulée pour une raison inconnue qui a sans doute un lien avec les disparitions.

Je crains que nos villageois écoutent des croyances qui ne soient pas réellement en harmonie avec les principes de notre Paladadin. Je ne sais comment ni pourquoi ni si les dieux sont intervenus, mais il est certain que Denithae, la déesse des récoltes, fut rejetée au détriment de divinités dont la fréquentation paraîtra, à beaucoup, peu recommandable comme doit l'être celles du seigneur des tourbières aux trente yeux qui voient tout ou à Salissak l’écailleux. La cage qui plane au dessus d'un puits de sang demeure manifestement opérationnelle dans son usage sacrificiel. Il nous faudra donc faire attention de ne pas engendrer la colère d'un Dieu qu'il soit bon ou mauvais.

Nous avons un autre problème, celui des pirates. Problème, cela ne me surprendrait guère, lié à notre affaire principale. Quoiqu'il en soit, nous pouvons affirmer, sans risque d'erreur, que l'ancien chef karnokus à été remplacé, voire assassiné, il y a quelques mois par une terreur appelée Casque Rouge. Ce monstrueux personnage vous suggère quelqu'un, n'est-ce pas ? Pour ma part, il va nous falloir l'éliminer d'une manière ou d'une autre, ce qui devrait remettre une bonne partie de la situation en ordre, et autoriser l'ouverture d'un lucratif réseau commercial. Sans doute qu'un entretien au préalable avec notre chère herboriste nous permettra de confirmer cette fatale option. D'ailleurs, je ne serais pas surpris que nous retrouvions nos petits disparus dans les cales des navires pirates, en espérant que ces malheureuses victimes soient toujours de ce monde.

Miriam Pendreyson la tailleur, Grimchops le tanneur, Tollybogs l'aubergiste et le maire Beecham nous suggère de poursuivre nos investigations en direction de la Coulée, en nous donnant comme en garantie de leur confiances, les aides de Cooter et de Grick le trappeur, sans oublier un contact en les personnes de May et Rosie Fenn. Cette suggestion concorde avec nos premières analyses. Reste à les convaincre qu'ils assurent durant notre absence la protection que nous avons organisée la nuit dernière. Après cela, nous pourrons partir.»


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Le Père Luk accompagné de ses comparses revinrent vers les membres du conseil municipal et leur proposa avec fermeté de maintenir le dispositif imaginé par les aventuriers. Après une courte concertation, le maire indiqua que les cadets passeraient la nuit à l’auberge sous la surveillance des volontaires. Il y eut des râlements dans l’assistance mais ils ne durèrent que peu de temps. L’aubergiste se frotta les mains. Le jeune Cooter qui s’était absenté revint avec un sac de voyage et un bâton de marche. D’un mouvement de tête il indiqua la piste du nord puis d’un pas sur il se mit en branle. Grick le trappeur ramassa son barda et emboita le pas au jeune garçon.

Texte collectif

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